On s'y remet avec un billet en Français, c'est quand même plus cool.

L'histoire du jour, c'est l'analyse d'une histoire de dupe, celle des succès affichés de mise en place de solutions informatiques, telles qu'on peut les lire dans la « presse spécialisée ». La presse spécialisée, tiens, ça fera l'objet d'un billet prochain, j'ai quelque short à tailler de ce côté-là.

Pourquoi une histoire de dupe alors ? C'est simple, on va faire une petite chronologie :

  1. Naissance du projet
    • Un nouveau directeur (informatique, achat, logistique, Supply Chain peu importe) est embauché pour relancer / moderniser / dynamiser. On va recruter la personne qui se sera le mieux vendu pendant les 4 heures cumulées d'entretien. Il n'y a pas d'autres façons de faire, mais ça privilégie à coup sûr la superficialité à la profondeur. Appelons-le Iznogoud, d'accord ?
    • Ce dernier, ambitieux évidemment, n'a jamais réellement occupé de poste opérationnel. En général, il a donc une vision ultra simpliste du travail, renforcée par le fait qu'ayant fait des « hautes études » de type grande école il ne doute pas et sait tout (j'en viens, hein, alors bon). Par vision simpliste, on peut résumer par : on peut tout mettre en équation, on peut optimiser la fonction, on peut tout automatiser.
    • Iznogoud va donc se lancer dans la mise en place d'un projet informatique/organisation lui permettant d'optimiser la fonction de manière spectaculaire. Il va se faire plaisir à définir les principes généraux, les bénéfices attendus, sans rentrer trop dans les détails que de toute façon il ne peut tous connaître puisqu'il vient d'arriver. Une victime un chef de projet est désigné, un jeune le plus souvent (les autres ne se font peut-être plus avoir…). Le projet commence.
  2. Mon passage préféré : la vente
    • Maintenant, on va chercher un prestataire externe, ou un éditeur de logiciel capable de fournir toutes ces fonctions merveilleuses d'automatisation et d'optimisation.
    • Comme Iznogoud est un grand et bon Vizir, il fait les choses dans les règles de l'art : cahier des charges, consultation, cabinet de conseil « change management » tout y passe. Et le cahier des charges est autant idéaliste –utopique – théorique que l'idée que s'en fait le grand chef.
    • Nous avons donc un certain nombre d'éditeurs qui vont essayer de gagner l'affaire. En mentant comme des arracheurs de dents qu'ils sont ; de toutes façons, celui qui ne met pas est exclus de la consultation car il ne répond pas aussi bien que les autres au cahier des charges
    • Le plus habile et le plus crédible est sélectionné.
  3. Déroulement du projet

  • Il est évidemment catastrophique, puisque le prestataire est incapable de fournir tout ce qu'il a promis.
  • Par ailleurs la direction de projet va manquer de pragmatisme et s'acharner à tenter de mettre en place la belle théorie de départ.
  • Quand tout va bien, les vrais utilisateurs ou experts du domaine vont être écoutés et ramener le projet vers un peu de raison.

À l'arrivée, on a une usine à gaz qui ne fait pas la moitié de ce qui a été prévu et qui était trop compliqué et qui ne fait pas bien les choses simples qui auraient pu être utiles. Mais après moult souffrances, le projet démarre quand même et est opérationnel.

C'est là que ça devient intéressant : les gens qui communiquent c'est-à-dire le prestataire / éditeur de logiciel et le Directeur Iznogoud ont tous intérêt à ce que le projet soit un grand et franc succès. C'est est donc un, avec autocongratulations, annonces et articles dans la presse pour mettre en avant les qualités du directeur les prestations du fournisseur.

Les dupes de l'histoire sont les utilisateurs, pour qui on aura dépensé bien de l'argent et de l'énergie et qu'on n'aura pas écoutés. Ils se retrouvent avec un système pénible à utiliser, lourd, peu fonctionnel et découvrent avec ébahissement à quel point tout cela fut fructueux. Mais on ne les écoute toujours pas, alors tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

C'est pour ça que tous mes projets sont des succès. 

Et que j'ai parfois la nausée, mais c'est une autre histoire.